Une vie dans le monde de l’art : Zavier Ellis, artiste, conservateur et galeriste

09-FEV-2011

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Zavier Ellis, artiste, conservateur et galeriste, expose des œuvres d’art contemporain dans sa galerie Charlie Smith, dans le quartier de Hoxton à Londres. Mathew Gibson, artiste en résidence à Winsor & Newton, vous propose un portrait d’Ellis, galeriste et conservateur, dans un article qui marque le début d’une série sur les différents métiers du monde de l’art.

Pourquoi ce nom Charlie Smith ?

En fait, c’est lié à mon nom. On me pose souvent la question. Je ne voulais pas l’appeler Zavier Ellis. Charlie Smith est le nom de mon grand-père maternel. Je trouve que ça sonne bien, et je voulais quelque chose qui ait un sens pour moi, pas seulement un nom inventé de toute pièce.

Avant d’installer votre galerie dans le quartier de Hoxton, elle se trouvait à Clapham. L’emplacement d’une galerie est-il important ?

Très important. Nous nous en sommes rendus compte à Clapham. Notre programme, qui présentait des artistes en vue et à tendance progressiste, a été bien accueilli. Je me souviens avoir invité l’éditeur d’une revue artistique à assister à une exposition. Il m’a répondu : « Clapham, c’est en zone 2, n’est-ce pas ? Nous n’allons pas en zone 2. »

C’est évident que Shoreditch est davantage un quartier d’artistes. Par exemple, aujourd’hui même, un collectionneur new-yorkais très influent est venu visiter la galerie, sans prévenir. Il se rendait au White Cube, a vu la galerie et est entré. Il est clair que si j’avais toujours été à Clapham, il n’aurait jamais franchi le seuil de la porte. 

Shoreditch compte une demi-douzaine de galeries d’art contemporain accessibles à pied les unes des autres dans une même journée, et c’est à côté du centre de Londres. 

En quoi consiste le métier de galeriste ? 

Il faut d’abord sélectionner des artistes. Ils doivent avoir un style bien défini, pour que les personnes qui viennent aux expositions sachent ce qu’elles vont voir. Il faut établir un programme des expositions équilibré et varié. Par exemple, actuellement, la galerie accueille une exposition photographique. Avant, il s’agissait d’œuvres sur papier et ensuite, nous exposerons des peintures. 

Puis il faut trouver le public. Selon moi, le meilleur moyen d’y parvenir est de participer à des foires d’art, comme la London Art Fair (du 18 au 22 janvier 2012). J’y vais pour rencontrer des collectionneurs. Selon les foires, les collectionneurs diffèrent. Certaines sont plus internationales que d’autres, certaines plus progressistes, etc. Mais j’y vais avant tout pour contacter des collectionneurs susceptibles d’être intéressés par mes artistes.


Stark
 John Stark, « In Times of Exactness and Uncertainty »
(2011), huile sur bois, 110 x 145 cm
    
Les artistes que vous exposez ont deux choses en commun. D’une part, ils maîtrisent la technique et leur matériel, d’autre part, leurs sujets sont tous empreints d’une intensité émotionnelle. Êtes-vous d’accord et pensez-vous que cela reflète vos goûts ?

Bien sûr. Un galeriste/conservateur est là pour trouver des artistes qui ont la même sensibilité que lui et les mettre en relation avec des collectionneurs de même sensibilité. Il doit y avoir une certaine cohérence dans le programme établi et les artistes choisis. Je recherche la technique…, ce qui ne signifie pas nécessairement que les œuvres sont polies ou lisses. Je n’aime pas trop employer le terme « artisanal » mais c’est un peu dans cet esprit. Bien entendu, la technique ne suffit pas, et j’aime la gravité des sujets forts et durs. Le travail d’artistes comme Emma Bennett, John Stark, Gavin Nolan est très naturel. Ils traitent de sujets forts, de nature philosophique et psychologique, qui suscitent des émotions. Il est impossible d’être détaché. Il faut plonger et s’impliquer !

Parlez-vous du matériel avec les artistes ?

Assez souvent. Les fournitures et le matériel utilisés forment la base de toute œuvre. Emma Bennett, par exemple, travaille les peintures à l’huile avec l’émail et les vernis, forçant l’interaction entre les matériaux. Son travail est polaire : elle étale d’abord rapidement un fond noir de tous les matériaux combinés puis s’attelle aux peintures à l’huile de façon plus calme et considérée. John Stark est un pur génie de la technique ! D’une précision absolue, la composition de ses œuvres fait référence aux toiles des XVIe et XVIIe siècles. Il a même récemment commencé à rechercher les formulations des peintures utilisées à cette époque. Il veut des peintures de qualité, tout comme Sam Jackson et Gavin Nolan. Le matériel est essentiel pour lui et représente une grande partie de son travail. Il utilise les peintures à l’huile extra-fines Winsor & Newton.

Et parlez-vous du matériel et des fournitures avec les acheteurs?

Cela dépend encore une fois de l’artiste. La qualité de la surface et des fournitures utilisées par John Stark constitue un élément clé de son travail, et les acheteurs veulent en savoir plus. C’est une question de production. Curieux du choix de l’émail, les acheteurs potentiels de toiles d’Emma Bennett aborderont le sujet dès le début. Gavin Nolan utilise beaucoup les glacis. Les détails sont combinés aux gestes. Là encore, les acheteurs poseront des questions sur les fournitures employées.

Bennett

Emma Bennett, « Ardour » (2011),
 huile sur toile, 122 x 91,5 cm

Nous avons parlé de la galerie et de ses artistes, pourrirez-vous maintenant nous en dire plus sur votre rôle en tant que conservateur ? Comment le définiriez-vous ?

Pour moi, ce n’est pas tellement différent du rôle de galeriste. Là encore, on suit un thème. Par exemple, il y a deux ans, j’étais conservateur d’une exposition intitulée « Future or Ruin » (Avenir ou ruine), dont le thème était la montée de l’extrême droite en pleine crise économique. Les œuvres sont alors choisies pour illustrer cette idée. En revanche, lorsqu’il s’agit d’une exposition consacrée à un seul artiste, c’est l’artiste lui-même qui joue le rôle de conservateur de sa propre exposition. Lorsque je m’occupe d’une exposition en tant que conservateur, je fais à peu près la même chose que dans la galerie, sans la contrainte de gérer l’établissement au quotidien. Je me concentre sur le thème, sur la façon dont les artistes vont l’aborder et sur la dynamique de l’espace.

Zavier Ellis Charlie Smith Gallery

 Charlie Smith london gallery

Charlie Smith London
336 Old Street
London
EC1V 9DR
United Kingdom

+44 (0)20 7739 4055 

direct@charliesmithlondon.com

Horaires : du mercredi au samedi, de 11 h à 18 h ou sur rendez-vous
 





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