Pleins feux sur l’illustration: Nuno Da Costa

28-SEP-2014

Nuno

Le mois dernier, les podiums du monde entier se sont vêtus de mille couleurs pendant la Fashion Week de New York, Londres, Milan et Paris.

Pour célébrer cette période créative de l’année, nous avons interviewé Nuno Da Costa, illustrateur de mode de renom. Da Costa, qui a travaillé pour certains des plus grands magazines et marques internationaux comme Vogue et Triumph a fait part à notre équipe de son savoir-faire et de ses différentes sources d’inspiration, et nous révèle les secrets de son incroyable carrière.

 

Pourquoi avez-vous choisi le métier d’illustrateur ? Parlez-nous de l’instant où vous avez réalisé que vous alliez vous lancer.

J’ai toujours aimé les illustrations sur les livres et les packaging. Quand j’étais petit, j’étais fasciné par les illustrations de Steven Cartwright pour les livres Usborne. Ma cousine avait reçu une poupée Barbie à Noël et j’ai passé trois jours à essayer de recréer l’illustration sur la boîte. 

Mon premier souvenir de mode remonte à un défilé de Valentino diffusé sur l’émission The Clothes, pendant lequel j’ai dessiné la robe rouge qu’un mannequin portait. J’adorais cette émission. J’avais l’impression de pénétrer dans un autre monde, où tout brillait et était parfait. Je n’avais même pas réalisé que l’illustration était un vrai métier dont on peut vivre, jusqu’à ce que je quitte l’université (où j’étudiais les langues) et que j’envisage d’autres possibilités de carrière. Je me suis créé un portfolio, puis j’ai appelé quelques magazines et j’ai décroché mon premier travail.

Où puisez-vous votre créativité lorsque vous vous lancez dans un travail?

Je puise ma créativité dans la recherche. Je commence toujours en faisant des recherches sur la marque qui m’a mandaté, son histoire, sa philosophie, ainsi que sur les femmes qui incarnent cette philosophie. 

Quand vous êtes en quête d’inspiration, quelle est votre première étape? 

Quand je suis en quête d’inspiration, ma première étape est toujours ma bibliothèque. Je possède une vaste collection de magazines, des années 1950 à aujourd’hui, dans lesquels j’aime me plonger. Ils regorgent d’œuvres de mes photographes préférés : Avedon, Meisel, Bailey… des virtuoses qui m'inspirent en permanence.

Parlez-nous un peu de la façon dont vous procédez. 

Une journée ordinaire commence toujours par une promenade avec mon chien, suivie d’un petit-déjeuner et des nouvelles. Je réponds aux mails reçus dans la nuit, puis je prépare ma journée. J’esquisse quelques croquis pour me dégourdir les doigts et me préparer sérieusement à dessiner. Mon approche est habituellement similaire à celle d’un photographe avant une séance de photos : style, coiffure et maquillage. C’est assez intense, mais je suis satisfait des résultats que j’obtiens.

 


 

Que représente la Fashion Week pour vous, en général?

La « Fashion Week » est plutôt le « Fashion Month », avec les défilés de New York, Londres, Milan et Paris [ils ont lieu l’un à la suite de l’autre]. Il y a beaucoup d’appels, quelquefois des déplacements, puis il y a les essayages et les tests. Il y a également beaucoup d'informations et de visuels à regrouper, ainsi que d’autres aspects logistiques dont il faut s’occuper pour être prêt et faciliter le travail de l’année suivante. 

 

Avez-vous déjà participé à une session de « dessin en temps réel » ? Est-ce que c’est quelque chose qui vous intéresserait ?


Je n’ai jamais participé à une session de « dessin en temps réel ». Mon travail est assez minutieux et élaboré, alors je ne pense pas que cet environnement me conviendrait. Mon travail est assez réfléchi, donc il s’agit d’utiliser mes forces.

 

Suivez-vous les défilés de mode, et les articles sur les tendances sont-ils importants pour votre travail?

 

Je suis effectivement les défilés. Je reçois des communiqués tous les jours pour me tenir au courant. C’est beaucoup plus facile de les parcourir tous les jours que de les consulter en une seule fois à la fin de la semaine. Les articles sur les tendances sont vraiment utiles, mais je ne les lis pas tous. J’aime ce que j’aime, et j’apprécie les beaux vêtements, bien coupés et que je garderais une fois la saison ou la tendance passée.

 

Préférez-vous dessiner des portraits à partir de vrais modèles ou des personnages issus de votre imagination ? Pouvez-vous nous expliquer pourquoi?

 

Je peux faire les deux, mais je dessine presque toujours des personnages issus de mon imagination. Mes femmes sont reconnaissables comme les « femmes de Nuno ». Elles dégagent une impression et une attitude qui sont peut-être un reflet de moi-même en quelque sorte, bien que je sois un homme. C’est important pour moi. J’aime me démarquer des autres illustrateurs.

 

 
 

Avez-vous un type d’illustration préféré ? Et, qu’aimez-vous le plus : le travail éditorial, les défilés ou le dessin au trait?


J’aime tout en fait. Le dessin au trait, parce que c’est mon style distillé dans sa forme la plus pure et la plus simple. 

L’illustration éditoriale m’a vraiment captivé dès le début. Je suis mordu depuis que j’ai travaillé pour le coiffeur de mode Neil Moodie et la maquilleuse Lisa Butler. Ils m’ont inspiré, et continuent de le faire, de par leur éthique, leur talent et leur créativité. Ils m’ont vraiment appris à me lâcher et à percevoir mon travail au-delà du cadre de l’illustration traditionnelle.

 

Quels sont les principaux matériaux que vous utilisez?


J’utilise principalement de la gouache Winsor & Newton ainsi que [diverses] couleurs aquarelles, je les adore, et [aussi] une imprimante scanner Epson et un Mac. 

Je commence toujours par placer les points et esquisser un croquis de la pose. Ensuite, je numérise mon dessin et l’imprime sur un carton Bristol Winsor & Newton prêt à peindre. Je n’ai donc pas besoin de redessiner le croquis si je commets des erreurs en peinture. Cela me permet aussi de ne pas avoir peur de me tromper sur le dessin original au crayon, et de prendre un peu plus de risques. Pour la peinture, j’utilise de la gouache et des couleurs aquarelles Winsor & Newton, selon l’effet que je veux donner. 

Une fois la peinture terminée, je numérise, puis je finalise sur un Mac. Les clients internationaux avec lesquels je travaille s’attendent à ce que je leur envoie un fichier prêt à imprimer.  

 

Que veut dire créativité pour vous?

 

La créativité signifie quelque chose de différent pour chaque personne, et il existe maintes façons d’être créatif dans notre vie au quotidien. Pour moi, c’est un moyen d’accéder à une autre source. C’est une expérience magique, presque comme si vous étiez un intermédiaire. Le sentiment d’avoir créé quelque chose de nouveau, qui n’existait pas auparavant, est assez extraordinaire : donner la vie à une feuille blanche. 

 
 

Pouvez-vous nous parler de la relation entre la mode et l’art, ce qu’elle signifie pour vous?

Les designers de mode sont des artistes à mes yeux. Ils puisent dans la même source que celle des artistes traditionnels pour créer des œuvres nouvelles et souvent captivantes. Un jour, lors d’une séance de photos, on m’a dit que l’objectif était d’obtenir une réaction émotionnelle de la part du spectateur, que celle-ci soit positive ou négative. Cela n’avait pas d’importance, tant qu’il y en avait une. Que ce soit la mode ou l’art, il faut que vous ressentiez quelque chose. 

 

Quelle a été votre commande la plus spéciale ? Pouvez-vous nous dire pourquoi?

 

Il y en a eu tellement. Mon premier travail pour Vogue était spécial. J’étais sur un petit nuage pendant un bon moment. C’était comme si j’avais décroché le ticket d’or pour entrer dans la chocolaterie de Willy Wonka, ça a changé la donne. Toutefois, pour moi tout repose sur les gens avec qui je travaille. J’ai eu la chance de travailler avec des gens incroyablement talentueux, sympathiques et généreux, qui ont donné d’eux-mêmes et partagé leur don avec moi : Neil Moodie et Lisa Butler, Caragh McKay (The Telegraph et Wallpaper), Caryn Franklin MBE, une véritable inspiration, et All Walks Beyond the Catwalk, Tim Rennie (Epiphany 51, Vanity Fair, Vogue). Ils m’ont tous appris quelque chose sur le travail, la vie, ainsi qu’à m'apprécier moi-même et ce que je crée. 


J’ai une commande de mode vraiment spéciale, dont je ne peux rien divulguer encore! 

 

Quelle est votre plus grande inspiration actuellement?


J’ai récemment ressorti des boîtes d’un placard et retrouvé mes anciens cahiers de croquis et de coupures. Cela m’a ramené au temps de mes débuts en tant qu’artiste, ce qui m’a rappelé tout ce qui m’avait tant plu dans la mode. Cela m’inspire encore aujourd’hui. Je vais les consulter un peu plus attentivement au cours des prochains mois.

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