Les Artistes et Leurs Pinceaux

11-AOU-2011

Winsor & Newton Brushes

Si un artiste s’intéresse d’abord aux couleurs, il doit aussi être attentif au choix de ses pinceaux. Un bon pinceau est essentiel à la création d’un artiste et au respect de son style, et fait souvent toute la différence.  

Cet article passe en revue les différents types de pinceaux disponibles pour chaque substance, avec des explications et conseils d’artistes professionnels qui ont chacun développé une utilisation qui leur est personnelle, souvent autant que leur œuvre.  

 

Poils synthétiques et naturels

Les pinceaux pour artistes peintres sont en poils durs ou souples, en fibres naturelles ou synthétiques. En règle générale, les pinceaux souples sont utilisés pour les couleurs diluées et fluides qui s’étalent plus facilement, ou pour réaliser des détails grâce à leur pointe. Plus rigides, les pinceaux durs s’adaptent mieux aux couleurs épaisses et lourdes avec une capacité de prise de couleur plus importante. Ces différents types de poils proviennent de sources naturelles ou sont fabriqués en synthétique.

Les poils naturels sont disponibles sous forme souple ou dure et possèdent des caractéristiques qui les rendent uniques. Les poils naturels sont connus pour leur qualité excellente, notamment dans le cas de la soie de martre Kolinsky qui conserve son ressort dans le temps. Les poils synthétiques, faits en polyester, peuvent être souples ou durs pour convenir autant aux substances fluides qu’aux couleurs plus épaisses.

Pinceaux pour peintures à l’huile et acryliques

Au moment de choisir un pinceau pour peintures à l’huile ou acryliques (plus lourdes), privilégiez ceux dont les poils sont capables de déplacer les couleurs consistantes et visqueuses, comme les soies de porc ou leur équivalent à poils durs en acrylique. En revanche, si vous envisagez d’utiliser un diluant pour modifier les propriétés de la couleur, ou de réaliser des détails élaborés, envisagez des soies plus douces.

Les soies de porc restent les modèles les plus couramment employés en peinture à l’huile. Ces poils durs naturels, suffisamment rigides pour prendre la couleur directement au tube, sont résistants et durables. Ces pinceaux de qualité s’usent progressivement par rétrécissement mais conservent leur forme initiale. L’investissement de départ est donc rentabilisé.  

Les pinceaux à poils durs synthétiques pour peintures à l’huile et acryliques offrent un bon contrôle et une tête bien définie pour réaliser des détails ou des fondus. Ils présentent également l’autre avantage de résister aux résines acryliques et de rester intacts dans l’eau. 


 



Les artistes et leurs pinceaux – Peintres adeptes des peintures à l’huile et acryliques

Les artistes qui suivent ont chacun opté pour des pinceaux qui conviennent à leurs besoins créatifs et ont gentiment accepté de nous faire part de leurs secrets.

Nigel Wright, peintre professionnel, élève de Roy de Maistre (1894-1968), a vendu des tableaux à plusieurs collectionneurs, éditeurs et magasins, y compris Harrods. Après avoir travaillé pendant 10 ans aux départements Prints & Drawings (estampes et dessins) et Oriental (Orient) du British Museum, il se consacre désormais entièrement à la peinture.  

J’utilise des pinceaux en soie de porc pour couvrir les grandes surfaces, comme les cieux, et des pinceaux en soie de martre pour les parties plus complexes, ces derniers me donnant un meilleur contrôle pour réaliser des formes spécifiques. La texture de la soie de martre offre aussi une grande souplesse pour travailler les zones plus confinées. Bien sûr, la soie de martre reste idéale pour réaliser des détails et des contours nets et précis ; cependant, elle peut servir aussi à créer d’étonnants effets de texture, par exemple en frottant sur le support pour obtenir différents degrés de fluidité de la peinture ou en exploitant les nombreuses qualités des différents pigments, comme la transparence granuleuse du blanc transparent pour dépeindre la chair et certains textiles. Je fais appel à la soie de martre même quand je peins de grands tableaux. Je ne peux pas obtenir l’effet voulu uniquement avec la soie de porc ou avec les poils synthétiques. La soie de martre offre incontestablement à l’artiste le pouvoir de fixer et de projeter l’image.

Il m’arrive de me servir de pinceaux « adoucissants », notamment pour faire un fondu des différents tons du ciel, même si la peinture initiale a été appliquée au moyen de large pinceaux en soie de porc. Il s’agit bien entendu de pinceaux conçus spécialement pour assouplir la matière, qui peuvent être remplacés occasionnellement dans la peinture à l’huile par des blaireaux pour aquarelle. Enfin, le doigt est lui aussi un outil essentiel ! On peut l’entourer d’un chiffon pour modifier un ton ou une couleur dans une sous-couche sèche, en prenant bien soin de laver ses mains avec soin une fois l opération terminée.

Les pinceaux deviennent de vieux amis sur qui l’on peut compter, chacun avec une personnalité propre à exploiter pleinement. Le secret étant, bien sûr, de prendre soin d’eux, de les garder propres comme s’ils étaient de véritables objets de valeur.


Anna Gardiner est une artiste professionnelle spécialisée dans la peinture à l’huile, vivant à Londres. Elle a étudié à la Chelsea School of Art et a été diplômée de la Royal Academy School en 1994. Elle est représentée par la galerie Art First depuis 1994, où de nombreuses expositions lui sont consacrées. Anna Gardiner a reçu de nombreux prix prestigieux, dont le Lynn Painter Stainers Prize, qui récompense la peinture figurative et le dessin, en 2009.

Pour travailler les contours dans mes toiles, je combine les pinceaux plats en soie de porc avec le couteau. J’achète plusieurs pinceaux d’un même modèle en une seule fois, pour ne pas avoir à utiliser un outil dont je n’aurais pas l’habitude. Pour des pinceaux de qualité, j’utilise la série 7 de Winsor & Newton.


Kate Brinkworth est une artiste peintre qui travaille la peinture à l’huile. Diplômée avec les honneurs de Nottingham Trent University en 2000, elle expose depuis dans le monde entier et a remporté plusieurs récompenses pour son travail, dont le Westgate Prize (en 2004). Kate Brinkworth puise son inspiration dans les films, surtout ceux réalisés par Alfred Hitchcock. Ses peintures photoréalistes uniques révèlent une compréhension technique poussée du cinéma et de la photographie.

J’applique la peinture à l’huile en couche assez fine, avec beaucoup d’huile pour conserver la fluidité du produit et pour un séchage brillant. En fait, j’utilise la peinture à l’huile comme j’utilise l’aquarelle. J’opte pour les pinceaux Monarch de Winsor & Newton qui sont bien adaptés aux couleurs à l’huile et s’abîment moins vite que les autres marques. Leur douceur et leur ressort sont bien supérieurs à certains pinceaux pour peinture à l’huile souvent trop durs.

Iain Andrews est spécialisé dans la peinture acrylique. Installé à Manchester, il a exposé dans des galeries à Londres (notamment Saatchi) et à travers l’Europe. Il est également psychothérapeute artistique. Les tableaux d’Iain Andrews s’inscrivent dans la tradition des grandes œuvres religieuses. Il cherche à susciter contemplation et méditation spirituelles chez le spectateur tout en insérant des notes sensuelles, pour un style à la limite du figuratif et de l’abstrait.

Récemment, mon professeur m’a rappelé l’importance de changer régulièrement de pinceaux, en me montrant un pot rempli de pinceaux usés qu’il garde en réserve. Comme beaucoup, je suis tenté de les utiliser le plus longtemps possible, négligeant de les remplacer une fois qu’ils ont tout donne. Un bon pinceau peut faire toute la différence entre un style pictural passable et un autre qui révèle personnalité et caractère. Il suffit d’observer la calligraphie orientale pour comprendre qu’un outil adapté peut donner un résultat de toute beauté.

Je viens de me procurer un pinceau de calligraphie large en crin de cheval. Mes premières expériences se sont révélées intéressantes. Une fois chargé de peinture, il a un poids inhabituel avec lequel il faut se familiariser, mais donne de beaux traits, difficiles à obtenir avec d’autres pinceaux. J’ai également fait l’acquisition d’un pinceau fin très large et très plat, idéal pour déplacer la peinture sur toute la surface de la toile. On dit que Soutine aurait utilisé plus de 30 pinceaux pour un même tableau, les jetant à terre autour de lui à mesure qu’il peignait. Il se servait de pinceaux pour signature, un long pinceau fin en poil de sanglier qui répond bien aux différentes pressions exercées par la main du peintre. J’ai l’impression que ces aspects de la peinture ne sont plus beaucoup enseignés dans les écoles d’art car cela tient plus de l’artisanat. Pourtant, tout artiste devrait au moins être conscient de ces distinctions. 

Neil Douglas a obtenu son diplôme de l’université de Wolverhampton en 2000 et depuis, il expose ses œuvres au Royaume-Uni et aux États-Unis. Son travail combine les influences des peintres traditionnels à une utilisation moderne de la photographie comme outil de recherche. Ses derniers tableaux témoignent de sa fascination pour l’Amérique. Son style photoréaliste soigné dépeint la complexité visuelle des détails présents partout aux États-Unis.

Même si j’adopte un style extrêmement réaliste, je préfère les surfaces en toile pour créer différents traits de pinceaux. J’insiste tellement sur la toile que lorsque j’ai terminé de la peindre, elle a besoin d’être retendue. C’est pourquoi il me faut des pinceaux durables. J’alterne entre les gammes de pinceaux Winsor & Newton Azanta et University qui sont toutes deux d’un bon rapport qualité-prix, retiennent bien la peinture et conservent leur forme.
 

 

 

 
Pinceaux pour aquarelle

Avant de choisir un pinceau pour aquarelle, gouache et autres substances fluides, il faut tenir compte de trois éléments essentiels : une pointe nette pour créer des contours et des détails, un ressort parfait pour que le pinceau reprenne sa forme à chaque trait et une maîtrise du flux pour que la couleur s’écoule de la pointe de manière uniforme et régulière. Les pinceaux pour aquarelle sont, comme les autres pinceaux, faits en poils naturels ou en fibres synthétiques.

La soie de martre reste idéale pour l’aquarelle, la meilleure qualité étant la loutre de Sibérie que l’on retrouve dans les pinceaux Kolinsky. Le Kolinsky est un pinceau en soie douce de couleur brun doré, plus foncé à la pointe. Avec un bon entretien, il peut durer toute une vie. Les autres poils naturels utilisés pour l’aquarelle sont le petit-gris et la chèvre. Tous deux sont particulièrement adaptés aux blaireaux pour leur douceur naturelle et leur capacité de prise de couleur.

Il existe également un éventail de pinceaux pour aquarelle de qualité supérieure fabriqués à partir de fibres synthétiques. L’un des avantages de ces pinceaux est leur prix abordable. De plus, les poils synthétiques se révèlent d’une grande capacité de prise de couleur et d’un meilleur ressort, grâce à la possibilité d’allier plusieurs épaisseurs de filaments sur un même pinceau (par exemple les pinceaux Cotman de Winsor & Newton).

Les artistes et leurs pinceaux – Artistes adeptes de l’aquarelle et des médiums fluides.

Paul Antonio est calligraphe, expert en dorures et armoiries. Il a étudié l’histoire des manuscrits et des hiéroglyphes. Il dirige actuellement un atelier de calligraphie dans le quartier de Clapham, à Londres, dans lequel il crée toutes sortes de documents, des invitations de mariage aux reproductions de documents historiques pour le cinéma et la télévision.

La nature de l’œuvre à exécuter est un facteur déterminant dans le choix du pinceau. Pour mélanger les couleurs, que ce soit l’aquarelle ou la gouache Winsor & Newton, ou les pigments que je broie moi-même, les pinceaux en poil de porc conviennent parfaitement car leur rigidité permet d’écraser les couleurs et de les fondre à l’eau pour un fini plus lisse. Pour les peintures fines et les illustrations d’armoiries, je réalise les esquisses avec un pinceau en soie de martre Kolinsky de série 7 taille 00 et les peintures les plus détaillées avec le même modèle en taille 1. Je les ai découverts à l’école des beaux-arts et ne m’en sépare plus depuis.

Pour firmer des lettres au pinceau plat, rien de tel que le Cotman de Winsor & Newton, numéros 666 ou 555. Pour les grandes et belles calligraphies au pinceau plat, le pinceau à lavis Cotman est exceptionnel. Le seul problème étant que le mouvement sensuel des poils vous fait presque oublier ce que vous êtes en train de faire. À ne pas manquer !

Pour réaliser facilement un travail à la pointe du pinceau, utilisez le pinceau à lettres pour aquarelle et le Cotman 333.

Ces pinceaux s’accordent parfaitement aux aquarelles et aux gouaches Winsor & Newton.

Martin Impey est un illustrateur indépendant depuis près de 20 ans. Il a travaillé sur des projets passionnants incluant livres pour enfants, jeux et jouets, licences artistiques, rédaction de magazines, publicités pour la télévision, emballages, animation, etc.

En tant qu’illustrateur et artiste indépendant, j’utilise les pinceaux de la Série 7 de Winsor & Newton depuis une vingtaine d’années et les trouve irremplaçables. Il m’arrive d’essayer d’autres marques et types de pinceau, qui ne les égalent jamais. Cette série ne m’a jamais déçu, que ce soit pour réaliser les détails les plus fins ou tracer de larges traits de lavis propres à l’aquarelle.

Lors du choix d’un pinceau, il faut considérer les différents types de poils et de formes disponibles et ne pas oublier que chaque pinceau est conçu pour une substance ou une technique spécifique. Cependant, comme l’ont montré tous ces artistes, vous devez avant tout trouver le ou les pinceaux qui vous conviennent et répondent à vos besoins créatifs, même si cela implique de les utiliser à des fins qui ne leur sont pas destinées ou de façon non conventionnelle.

Partager