Le pays de Constable: Inspiré par Suffolk

25-SEP-2014

Cirrus Clouds

La réputation du peintre John Constable repose en grande partie sur son développement du croquis à l’huile en plein air et sur son style de peinture naturaliste. Son choix autobiographique d’artiste plaît énormément à son public moderne. Dans cet article, Mathew Gibson, artiste résident chez Winsor & Newton, explore les motivations personnelles complexes de Constable derrière les personnages de ses peintures.

 

Frontière entre les comtés de l’Essex et du Suffolk, la rivière Stour traverse le village d’East Bergholt et la région de Dedham Vale. Au début du XIXe siècle, le père du peintre John Constable, Golding, était un homme d’affaires de la région, propriétaire des moulins à eau de Flatford et de Dedham ainsi que de nombreux magasins et entrepôts. Les péniches de Golding transportaient la farine des moulins au port de Mistley en naviguant sur la Stour, et de là son voilier, The Telegraph, transportait la cargaison à Londres. Bien qu’il soit son quatrième enfant, Golding avait la ferme intention que John prenne la suite de l’entreprise pour assurer l’avenir de ses six frères et sœurs. 


 
 Autoportrait de John Constable, c. 1799-1804, National Portrait Gallery, Londres

Des lettres révèlent que John avait une personnalité timide et introvertie, et était beaucoup plus heureux lorsqu’il était tout seul, dans la nature, à réaliser des croquis. Son désir de plus en plus fort de devenir un peintre professionnel allait à l’encontre des souhaits de son père et a provoqué d’importants conflits au sein de la famille. Golding a fini par céder, permettant à John d’aller faire ses études à Londres. La décennie qui suivit 1798, Constable ne revint que très rarement dans le Suffolk. Il fréquenta plutôt de superbes endroits comme le Lake District où il réalisait des croquis, et étudia les Grands Peintres à la Royal Academy. 

 

En 1809, lors d’une visite à East Bergholt, Constable commença une longue relation avec Maria Bicknell. Quoique bien assortis socialement, il avait néanmoins choisi la petite-fille du Dr Rhudde, riche pasteur de la région et ennemi juré de longue date de son père Golding qui s’opposa avec véhémence à leur union. Déjà timide et distant, le choix de carrière et de fiancée de John Constable le propulsa au centre des commérages de la région, l’aliénant davantage de cette communauté villageoise. 


 

FIG. 1, Moulin de Flatford vu d’une écluse sur la Stour*

Les moulins, champs et cours d’eau entourant le village formaient un environnement de travail pré-industriel, regroupant principalement des ouvriers et autres travailleurs. Les touristes étaient quasiment inexistants, et les rares visiteurs étaient là pour affaires. En tant que fils du propriétaire de ces terres, Constable avait un accès privilégié à ces endroits, lui permettant ainsi de s’asseoir et de peindre ses croquis à l’huile en toute tranquillité. Au début de sa relation avec Maria, Constable réalisa des paysages autour de East Bergholt et de la Stour (FIG. 1). Son amour de la nature et des effets de la lumière l’ont inspiré à créer une « peinture naturaliste », mais les vues qu’il choisissait de peindre traduisaient également ce qui le touchait personnellement : les moulins et les péniches appartenaient à son père, tandis que les champs et les chemins représentaient les débuts de sa relation avec sa future femme.  

 

 
 La cathédrale de Salisbury vue de l’évêché, 1823(c) Victoria and Albert Museum, Londres

L’une des raisons qui fait de Constable un artiste si captivant aux yeux de son public contemporain est le conflit de ses motivations personnelles, très explicite dans ses peintures. Contestataire et rebelle socialement, Constable a refusé de reprendre l’entreprise familiale. Néanmoins, il s’est senti contraint de retourner chez lui et de peindre, encore et encore, les endroits fortement associés à son passé.

 

* Figure 1. Moulin de Flatford vu d’une écluse sur la Stour
John Constable (RA)
Grande-Bretagne
Autour de 1811
Huile sur toile
N° de musée 135-1888

Donné par Isabel Constable, fille de l’artiste 

 

Référence :

Paysages et Idéologie, Ann Bermingham, Thames and Hudson, 1987

 


















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