Imran Qureshi | Le travail de l’artiste

15-MAR-2016

imran tile

1. Vous êtes connu pour votre utilisation de la peinture rouge-sang. Pour quelqu’un qui ne connaît pas votre travail,  cela peut sembler sensationnel, mais vous vous parlez de thèmes puissants et provocants.  D’où vous viennent ces idées ?

Mon travail, aussi bien d’un point de vue conceptuel que d’un point de vue rationnel, traite toujours de deux choses opposées. D’un point de vue rationnel, j’essaie toujours de mélanger ma peinture  de manière abstraire, avec des images dessinées avec précision. D’un point de vue conceptuel, je traite de de la vie et de la mort ou de l’espoir et de la violence.  Pour moi, ces deux visions opposées se combinent très bien et créent un dialogue très puissant. 

 

2. Vous peignez souvent à la manière des peintres miniaturistes qui ont travaillé à la cour de l’empire Moghol. Qu’est-ce qui vous inspiré pour faire cela ?

Oui, j’ai été formé par un peintre miniaturiste au « National College of Arts » à Lahore (1990-1993), et  je me suis spécialisé dans la technique traditionnelle de la peinture miniature. Le NCA était la seule institution au monde à proposer un programme universitaire de 4 ans sur ce sujet. 

Il y avait une idée reçue selon laquelle la peinture miniature ne signifiait que reproduire des peintures anciennes, traditionnelles, historiques, et qu’il n’y avait donc aucune place possible pour la créativité. J’ai pris cela comme un défi et je me suis dit que d’une part, je ne pouvais apprendre cette technique traditionnelle et vieille de plusieurs siècles nulle part ailleurs, et que d’autre part, il y avait tant de liberté et de possibilités d’utiliser cette technique traditionnelle d’une manière créative,  et c’était donc une façon de me révéler en tant qu’artiste indépendant. 

C’était l’un des rares ou même seuls mouvements artistiques du Pakistan. 

3. Utilisez-vous les mêmes peintures et pigments que ceux utilisés au temps de la cour de l’empire Moghol ?

Pas vraiment ! 

J’ai utilisé ces pigments plusieurs fois, mais j’utilise principalement l’aquarelle Winsor & Newton et je la mélange avec de la gouache traitée à la main pour rendre l’aquarelle opaque. Je l’utilise toujours pour mes miniatures. 

4. Pour votre nouvelle exposition “Where the Shadows Are So Deep”, vous avez créé une série de peintures miniatures et exploré le thème de la courbe comme motif et tradition. Pouvez-vous nous parler de ce qui vous a inspiré pour  cette collection d’œuvres d’arts et du voyage vers lequel vous voulez emmener votre public ? 

Quand j’ai visité le lieu de l’exposition pour la première fois au « Barbican Centre », je fus époustouflé par la taille du mur incurvé. Tout le monde là-bas pensait que j’allais créer une œuvre immense spécifique à ce lieu, comme une peinture murale ou sur le sol, avec des éclaboussures de peinture rouge-sang. Mais à ce moment, je pensais que je devais prendre cet espace comme un défi, pas seulement à cause de sa taille, mais aussi comme le défi de créer quelque chose de complètement opposé. Il m’est alors venu l’idée de produire un corpus d’œuvres composé de 35 peintures miniatures, chacune représentant l’idée de la présence de  la courbe  dans les paysages des peintures miniatures traditionnelles.

Mon exposition est une série de miniatures installées selon un récit continu. De loin, ces miniatures semblent très décoratives et belles mais quand vous vous approchez,  il y a quelque chose qui rend la personne qui les regarde assez mal à l’aise. J’ai joué avec la taille de l’espace incurvé en opposition avec mes miniatures. 

5. Enfin, je ne peux pas ne pas mentionner le Rouge de Pérylène Winsor & Newton. Combien de temps avez-vous mis à trouver une peinture qui imite parfaitement la couleur du sang, et pourquoi est-ce si important ? 

Je pense, curieusement, que j’ai d’abord  trouvé la couleur Rouge de Pérylène Winsor & Newton, et l’idée de sang dans mes œuvres m’est venue plus tard. Sans parler de l’inspiration venant de mon environnement et mis à part tout scenario politique, cette couleur m’a aidé à faire évoluer et améliorer mes idées et concepts, du fait de sa teinte vive et de son intensité. 

J’ai aussi essayé de trouver d’autres teintes dans d’autres marques, mais elles n’étaient jamais assez proches de la couleur du sang et n’avaient pas autant de vie que le Rouge de Pérylène. 


Imran Qureshi | London | 11 February 2016

 

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